Observation du week end

Caridina nanaoensis Il n’est pas toujours facile d’observer certains phénomènes biologiques de nos chers décapodes, mais les temps libres accompagnés d’un peu de chance permettent de combler ces manques en offrant des moments privilégiés à l’observateur.


Les aquariums spécifiques de petit litrage améliorent les conditions d’observation et dans mon cas, cela m’a permis d’apercevoir une femelle Caridina cf. nanaoensis en pleine mue. Une fois débarrassée de son exuvie, la crevette a cherché instantanément à s’isoler dans un autre coin de l’aquarium. Rappelons que cette dernière étape est très risquée pour la crevette, puisque sa nouvelle carapace n’a pas encore durci et la rend particulièrement vulnérable. Étonnamment, elle ne chercha pas l’endroit le plus sombre ou le plus discret, mais un endroit lumineux, le long d’une vitre loin des autres congénères (aucun prédateur dans le bac). Cette situation m’a interpellé, mais j’ai vite compris ce qui était en train de se dérouler…

Mue Depuis quelques secondes déjà, les mâles de ce même bac sont tous devenus frénétiques et ont considérablement augmenté leur activité. Aucun changement particulier dans l’aquarium n’a été réalisé que ce soit au niveau de la température, de l’éclairage ou de la distribution de nourriture. Excité par les phéromones émises par la femelle lors du cycle biologique de la mue, les mâles se sont mis à nager en pleine eau parcourant tous les coins et recoins de l’aquarium à la recherche de cette femelle. Leur comportement a vraiment changé durant cette phase. Leur manège incessant les conduisaient vers cette femelle dont on pouvait facilement observer une large grappe ovarienne formée à l’arrière de la tête (céphalo), au niveau du thorax. Les premières rencontrent avec la femelle étaient furtives mais électriques ! Électrique dans le sens ou les mâles bondissaient au premier contact souvent réalisé d’une antenne à l’autre. La femelle refusant catégoriquement leurs avances, elle se déplaçait systématiquement pour chercher un endroit plus calme, relançant les recherches des mâles. Chacun d’entre eux tentait une approche des autres femelles, communiquant “chimiquement” grâce aux nombreux capteurs réceptifs de leurs antennes et antennules, mais ne tardait pas à repartir en quête de l’unique et seule femelle disponible à être fécondée. Plusieurs heures se sont écoulées avant que cette femelle ne soit fécondée par un ou plusieurs mâles. Ces derniers ont déposé des spermatophores (enveloppe contenant les spermatozoïdes) à proximité des orifices génitaux de la femelle pour qu’ils fécondent les œufs à leur sortie.

Femelle juste grainéeCe matin, après une nuit certainement agitée, la femelle est apparue grainée avec une vingtaine d’œufs de couleur verte. Les mâles ont bien entendu repris leur activité principale, c’est à dire chercher inlassablement quelques micro-particules de nourriture ou des diatomées sur les rochers.
Cette observation est malheureusement difficile à illustrer par des photos, mais cela permet de comprendre l’efficacité des phéromones émises par la femelle et le lien biologique avec la mue, l’accouplement, la fécondation et enfin l’état grainée d’une femelle qui enchaînera l’incubation des œufs entre ses pléopodes durant 3 à 4 semaines selon les paramètres environnementaux.

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