Débuter en eau de mer avec les crevettes

La création d’un bac dédié aux crevettes d’eau de mer n’est pas très compliquée et s’apparente à la création d’un bac récifal. Les crevettes de mer sont d’une manière générale plus grandes que les crevettes d’eau douce. Il conviendra donc, si l’on cherche à faire dans les populations de groupe, de prendre des bacs relativement grands. Il faudra compter par exemple un bac d’au minimum 120 litres pour contenir un petit groupe de Lysmata amboinensis. En dessous de cette taille, il faudra choisir des espèces plus petites comme Lysmata wurdemanni ou Thor Amboinensis. Ces dimensions de bacs peuvent paraître “surdimensionnées”, mais il est important de faire attention aux comportement des crevettes. Par exemple, Lysmata grabhami est une espèce qui vivra très bien en groupe mais qui tolèrera très mal la promiscuité. Cette crevette faisant parfois 8 cm, un bac de 200 litres est un minimum pour la maintenance d’un groupe d’une dizaine d’individus.

C’est un bac de ce volume que j’utiliserais ici pour un élevage de Lysmata amboinensis.

Première étape: Installation du bac

Avant d’investir dans du matériel, il convient d’insister sur certains points. Si l’installation du bac ressemble de très près à celle d’un récifal, on veillera à ne pas faire n’importe quoi sur l’implantation d’éléments ou de vivant dans le bac. Mettre une anémone ou un corail pourra se montrer très agréable à l’oeil mais risquera de vous poser quelques soucis de maintenance, notamment à cause du mucus dans lequel les crevettes aiment bien fouiller. Il en résultera une phénomène d’auto-défense des organismes, créant plus de mucus et polluant d’avantage vos aquariums. Il conviendra donc, en plus de faire attention aux spécificités de chaque espèce, de ne pas rajouter d’éléments qui ne sont pas nécessaires.

Si cette consigne est respectée, la maintenance des éléments (écumeurs, décante, etc.) pourra être plus légère, car au final, les crevettes polluent très peu. Dans mon cas, je suis parti sur la méthode Jaubert reposant sur la colonisation des bactéries de la couche inférieure du sable. Nous utiliserons du sable de corail afin d’assurer une teneur en calcium et magnésium suffisante pour la mue des crevettes. On prendra des pierres vivantes à hauteur de 2kg pour 10 litres d’eau de mer. Dans notre cas, nous partirons donc sur 20 kg de pierres vivantes posées sur 20 kg de pierres calcaires.  La colonisations de ces dernières se fera naturellement. La colonisation du sable pourra être accélérée en utilisant du sable d’un aquarium d’eau de mer déjà existant ou encore du vrais sable de mer. Si vous optez pour le sable de mer, prenez soin de récupérer le sable loin des côtes pour éviter que ce dernier soit chargé de polluants.

Ci-dessous, le résultat d’une pierre vivante richement colonisée depuis de longues années.

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Les pierres seront à choisir avec soin car, outre leur fonction de support secondaire de bactéries,  elles seront les cachettes des crevettes. Il faudra donc adapter la taille et la forme des pierres en fonction de chaque crevette.  Dans notre cas, il faudra trouver des pierres en plaques d’une vingtaine de centimètres afin de leur faire des cachettes larges.

Pour ce bac, j’ai choisi d’utiliser la méthode Jaubert pour sa faible maintenance et pour son côté discret (pas d’écumeur). La mise en place se fait en plusieurs étapes :

  1. mise en place de la crépine au fond du bac (Carré de mousse avec le tuyau à l’intérieur) ;

  2. mise en place du support à bactéries. j’ai choisi dans mon cas des “graviers” de roche poreuse pour maximiser la surface de colonisation des bactéries. La méthode Jaubert inclut généralement la mise en place d’un plemnum (compartiment permettant la circulation de l’eau au fond de l’aquarium). J’ai pris le parti de ne pas en mettre, n’ayant pas une “pollution” du bac importante et donc pas un besoin de circulation d’eau important et ayant choisi mon gravier de manière à ce qu’il laisse suffisamment passer l’eau.Il conviendra à chacun de faire ou non ce choix ;

  3. ajout d’un filtre pour éviter que le sable ne tombe dans la masse filtrante. Dans mon cas, j’ai opté pour une double filtration avec une première grille en plastique et une sur-couche en perlon pour éviter au sable et au “vivant” du bac de passer dans la masse filtrante ;

  4. placer les sables et les roches.

La circulation de l’eau sera assurée dans mon cas par un filtre externe sans masse filtrante. Cette fonction pourra être assurée par n’importe quelle pompe aussi bien interne qu’externe.

Une fois toutes les pierres installées intelligemment (de manière à maximiser les cachettes) et mis en route tous les éléments de filtration nécessaires dans une eau là aussi adaptée (densité de 1024 pour notre cas). Il faudra attendre le lancement du bac. Il faudra compter 2 mois MINIMUM pour lancer le bac. Si les techniques de “flash start” sont valables en eau douce, la mise en place de ce genre de système en eau de mer est plus délicat. Il ne faudra pas compter diminuer à 1 semaine le lancement du bac (5 semaines dans mon cas), mais voici quelques astuces qui permettrons de raccourcir ce délai :

  • aller chercher de l’eau de mer en pleine mer (attention les bords de mer son chargé de polluants !),

  • récolter du sable en mer,

  • utiliser des masses filtrantes déjà utilisées.

Que vous utilisiez ou non ces astuces, il faudra mesurer régulièrement nitrites et nitrates afin de déterminer si notre bac est lancé ou pas. Il conviendra également diminuer les phosphates le plus possible, 0 étant l’idéal. Il est important de ne pas se précipiter.

L’éclairage devra là aussi être étudié en fonction de l’espèce désirée. Les espèces craintives préféreront les éclairages discrets. J’utiliserais dans mon cas un néon Power-Glow et un Actinic, les Lysmata amboinensis n’étant pas spécialement attirées par le soleil.

Introduction des premiers vivants

Une fois le bac lancé, c’est à dire le taux de nitrites descendu à 0 mg/l, nous pourrons commencer à implanter les différents éléments du bac comme les plantes et les premiers organismes vivants. Il conviendra d’attendre de nouveau que le bac refasse un nouveau pic de nitrite avant de commencer à rajouter les crevettes qui nous intéressent.

Concernant le brassage, il ne faut pas négliger cet aspect. Les crevettes n’ont pas besoin d’un fort brassage. Il faudra donc l’adapter à l’espèce choisi mais aussi aux autres habitants. Dans mon cas, j’utiliserais un brassage de l’ordre de 6 à 10 fois le volume du bac par heure, généré par 3 pompes en positions croisées afin d’éviter les zones de dépôt. Les Lysmata amboinensis n’apprécient pas spécialement le courant, il faudra donc veiller à ne pas brasser la zone où vous désirez les voir évoluer.

 Les crevettes

Une fois tout cela mis en place, et le bac stabilisé, il ne reste plus qu’à introduire les crevettes désirées. Les crevettes ne sont pas spécialement sensible à la densité de l’eau. Elles supportent très facilement des densités allant de 1020 à 1030, mais elles supportent très mal les variations brutales. Il faudra donc prévoir une phase d’acclimatation ou vous diluerez progressivement l’eau de transport avec de l’eau de votre bac. Le goutte-à-goutte n’est pas nécessaire. Pour ma part, j’utilise une bassine dans laquelle j’ai mis les crevettes et l’eau d’origine. Je rajoute ensuite de l’eau du bac à hauteur de 25 % de la quantité d’eau d’origine tout les quarts d’heures.

Il ne vous reste plus qu’a profiter de votre bac et surtout d’essayer de les faire se reproduire. N’hésitez pas également à les habituer à la proximité humaine. Lysmata amboinensis n’est pas une espèce craintive. Etonnez vos convives en les invitant à se laisser grignoter les mains par ces crevettes.

Si vous vous débrouillez suffisamment bien, vous aurez peut-être ce genre de surprise :

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