Une petite merveille de la nature : Caridina spongicola

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Caridina spongicola K. von Rintelen (Ex Zitler) & Y. Cai, 2006.

Caridina spongicola Cette extraordinaire crevette décrite en 2006 par Rintelen et Cai attire les attentions de beaucoup de passionnés des crustacés. Aussi bien les scientifiques que les amateurs. L’équipe de Crusta-Fauna n’a donc pas été épargnée ! Originaire de l’Ile de Sulawesi (Celèbes) et plus précisément du Lac Towuti, cette crevette endémique est localisée et inventoriée à ce jour uniquement dans une petite partie du lac située au Sud ouest (voir carte). Outre sa coloration extraordinaire et étonnante pour une crevette d’eau douce, son écologie interpelle les spécialistes car elle présente une particularité biologique incroyable. En effet, cette crevette a établi une association avec une éponge d’eau douce en attente d’une description scientifique. En attendant, cette éponge a été rapproché par les scientifiques, du sous ordre Spongillina.

Carte Sulawesi

L’Ile de Sulawesi fait partie de l’Indonésie, elle est située entre Borneo et l’Archipel des Moluques, entre l’Océan Indien et l’Océan Pacifique. Avec sa forme de K, l’île est fortement découpée et offre plus de 5000 km de côtes pour une surface de 180 680 km², soit un peu moins d’un quart de la superficie de la France. D’origine volcanique, cette île a émergé en plusieurs étapes, et sa situation géologique est relativement complexe car cette zone géographique a subi la convergence des trois plaques tectoniques (eurasienne, pacifique et australienne). L’île peut se départager en trois provinces géologiques : la première située à l’Ouest est composée d’un arc volcanique, la seconde située à l’Est est composée d’une ceinture ophiolitique (c’est une roche d’origine sous marine, émergée suite a la rencontre de 2 plaques ; voir ophiolite) recouverte par des sédiments pélagiques, et la troisième située au Centre et au Sud de l’île est constituée par des fragments provenant d’Australie). Sulawesi est donc une région montagneuse d’origine volcanique avec un point culminant à 3 455 mètres appelé Mont Rantekombola.

Carte Lac Malili Système

Le Lac Towuti d’où proviennent les Caridina spongicola appartient à l’ancien système du Lac Malili, regroupant aujourd’hui 5 lacs dont certains sont reliés les uns aux autres par des rivières. Le Lac Towuti est le principal, il présente la plus grande surface avec 561 km², son eau est très claire et offre une excellente visibilité. Le Lac Matano (ou Lac Matana), au Nord, est le deuxième plus grand avec 160 km², et est surtout très profond avec prêt de 590 mètres de profondeur (classé en 8ème place parmi les lacs les plus profonds au monde). Il y a aussi le Lac Masapi, situé à l’Ouest, et le lac Mahalona, relié au Lac Towuti par la rivière Tominanga et au lac Matano par la rivière Petea et enfin le tout petit Lac Lontoa à l’Est. Chacun des lacs semblent abriter de pures merveilles, encore peu ou pas connues. En revanche, les rivières ne semblent pas avoir été beaucoup prospectées. Quelques photos de l’expédition de décembre 2007 de l’importateur Allemand Mimbon illustrent parfaitement la clarté de l’eau et le type de paysages rencontrés.

Sulawesi offre une richesse biologique incontestable qui suscite un engouement immense pour la découverte, la description et l’étude de nouvelles espèces dont ce lieu regorge. La géologie complexe, les bouleversements climatiques (période de glaciation), l’isolement et la profondeur des mers et océans bordant cette île a influencé la biodiversité, la spéciation et le taux d’endémisme très important. Sulawesi est situé dans la zone géographique baptisée Wallacea (voir la carte du pdf page 1) en l’honneur du naturaliste Alfred Russel Wallace, co-découvreur de la théorie de l’évolution au XIXe siècle avec Charles Darwin. Il avait remarqué la différence entre les mammifères et les oiseaux présents chacun du coté de la ligne Wallace (voir la carte) entre l’Asie et l’Australie. Afin de mieux visualiser le taux d’endémisme exceptionnel de la zone Wallacea qui couvre 347 000 Km², ce tableau reprend quelques chiffres clés.

Groupe taxinomique Wallacea (nbr. espèces) Nbre. espèces endémiques Taux d’endémisme Espèces
Plantes 10 000 1500 15%  
Mammifères 222 127 57.2% Babiroussa, anoa, tarsiers, macaque noir, etc.
Oiseaux 647 262 40.5% maleo, matinan monarch, sulawesi redknobbed, etc.
Reptiles 222 99 44.6% calamorhabdium, rabdion,cyclotyphlops etc.
Amphibiens 48 33 68.8% crapeau, grenouille, etc.
Poissons 250 50 20% Nomorhamphus sp., Thelmatheria sp., Oryzias sp., Gobies, etc.

Caridina sp. Cardinal L’endémisme auprès des crevettes semble aussi être une réalité, puisque de nouvelles espèces jamais rencontrées auparavant sont entre les mains des scientifiques spécialisées pour de futures descriptions. On peut observer quelques unes de ces nouvelles espèces via les photos de Ankou92 , Eric6767 sur Crusta Fauna et Chris Lukhaup qui a été le premier à nous les faire découvrir sur le site Crusta10.de : [1] , [2] , [3] , [4], [5], [6], [7], etc. De très jolie crevettes à venir dans nos aquariums. Ces dernières sont rencontrées exclusivement sur les supports rocheux du lac Towuti, Lac Matana…etc. On appelle ces crevettes des “Rock-dwelling shrimps”.

Caridina spongicola La Caridina spongicola présente une coloration étonnante. La disposition des barres rouges et la forme du rostre très prononcée rappelle un peu les crevettes marines Rhynchocinetes durbanensis. Le fond de coloration translucide de la Caridina spongicola est agrémenté par trois barres verticales rouges/ocres sur le céphalothorax. L’extrémitié des péréiopodes arborent une coloration rouge à orange. Le dessus de la tête est souligné d’une barre verticale rouge/ocre se prolongeant autour de l’oeil, et sur les pédoncules antennaires et antennulaires qui sont bien développés. Le rostre est lui aussi assez long. Le rostre et les pédoncules antennulaires et antennaires représentent pratiquement 1/6 du corps. Les oeufs de couleur noire sont relativement gros (0.8-0.9 x 0.4-0.6 mm) ce qui laisse présager un cycle de reproduction direct.

éponge Spongillina sp. Il semblerait que cette association en eau douce soit un cas unique, au contraire des crevettes et éponges que l’on rencontre en milieu marin. Les bénéfices que tirent la Caridina spongicola et l’éponge ne sont pas encore clairement définis. Toutefois selon les études menées, la crevette n’est rencontré nul par ailleurs que sur l’éponge entre 2 et 5 mètres de profondeur, et les premières informations révèlent que la crevette ne se nourrit pas de l’éponge, mais des diatomées (algues unicellulaires) que cette dernière abrite. L’éponge bénéficie peut être du nettoyage quotidien auquel procède la Caridina spongicola, grâce à la première paire de péréiopodes transformée en pinces. De plus, les cavités de l’éponge offrent divers abris à ces minuscules crevettes qui avoisinent les 2.5 cm adulte ! De grandes colonies ont pu être observées lors des études menées sur le terrain (de l’ordre de 137 sur une éponge).

L’association de cette crevette d’eau douce et de cette éponge semble à l’heure actuelle un cas unique ! Cette découverte incroyable suscite encore beaucoup d’interrogations auxquels il serait dommage de ne pas avoir de réponse.
De plus, la répartition géographique est tellement réduite à quelques kilomètres carrés qu’il est impératif de préserver la zone d’habitat de cette Caridina endémique contre toute attaque d’origine humaine (prélèvements, pollution, construction d’infrastructures, etc.). Il est d’ailleurs signalé dans l’article paru dans Biology letters que l’activité humaine dans cette zone risque de mettre en péril son milieu naturel.
Caridina sp. nov. Enfin, certains spécialistes s’accordent à dire que la Caridina spongicola n’est pas adaptée à la vie en aquarium pour différentes raisons encore mal déterminées (nourriture, paramètres d’eau…etc.). Il serait quand même dommage de mettre en péril l’avenir de cette espèce ou de la voir disparaître totalement juste pour satisfaire notre plaisir personnel ! L’espèce non décrite intitulé pour le moment Caridina cf. spongicola a une robe exceptionnelle qui ressemble fortement à la “vraie” Caridina spongicola.

Edit du 08/04/2009 : La Caridina cf. spongicola a désormais un nom scientifique ! voir La crevette Harlequin a désormais un nom !

J’espère vivement que la Caridina cf. spongicola, la Caridina sp. Cardinale, Caridina spinata et les autres espèces importées de Sulawesi seront reproduites par des éleveurs sérieux et permettront de limiter le plus rapidement possible les prélèvements dans le milieu naturel.

Nous tenons à remercier Kristina Von Rintelen, scientifique au Museum de Berlin pour l’autorisation d’utilisation des photos de Caridina spongicola et de l’éponge.


Références :

  • K. Von Rintelen (Ex Zitler) & Y. Cai (2006), Caridina spongicola, new species, a freshwater shrimp (Crustacea : Decapoda : Atyidae) from the ancient Malili lake System of Sulawesi, Indonesia. The Raffles Bulletin of Zoology 54(2) : 273-278
  • K. Von Rintelen & al. (2007), Freshwater shrimp-sponge association from an ancient lake. Biology Letters (2007) 3, 262-264
  • Interim Report (2007), The study on arterial road network development plan for Sulawesi Island and feasibility study on priority arterial road development for South Sulawesi Province (2) Biodiversity in Sulawesi Island.

Liens :

2 réponses to “Une petite merveille de la nature : Caridina spongicola”

  1. Zeck dit:

    Une petite correction sur l’article, relevée par Ankou92 : Le Lac Towuti fait 561 km², et non 561 m², et me correction pour le Lac Matano avec 160 km², et non 160 m².
    (la correction est effectuée dans le corps de l’article)

  2. Zeck's Blog dit:

    Nouveautés sur Crusta-Fauna…

    Cela faisait plusieurs jours que je n’avais pas fait un topo sur les publications récentes de Crusta-Fauna… Il est temps de réparer cet oubli.
    L’air de rien, la liste est longue :

    La Revue de Presse s’est largement enrichie, Aquarium à la …

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